Une fois, ma foi


Mosquée


 Le problème de la pauvreté, de la dureté de la vie, des gens sans assurance sociale et sans emploi n’est pas seulement un problème technique. Il a aussi sa source dans l’indifférence sociétale, dans notre manque de fibre patriotique et surtout dans notre pratique quotidienne de la religion.

Résoudre ce problème exige un changement de politique gouvernementale, des changements dans notre pratique et notre conception de la religion.

Rien n’est plus transparent au Sénégal, qu’une expression hypocrite de la foi, comme lorsqu’un politicien se montre à la loge d’une tribune mouride ou tidjane, un peu avant les échéances électorales, ou lors des grands événements religieux, et prononce un discours politico-religieux totalement sec, sans conviction et bute même sur les commentaires coraniques.

Les valeurs qui ont fondé la société sénégalaise ont été retrouvées et développées par la suite dans les confessions islamique et chrétienne qui sont aujourd’hui présentes et dominantes dans la « géo-religion » sénégalaise, mais sont aujourd’hui dépouillées, déplumées, vidées de leur sens. On a du mal à se faire à l’idée que notre manière de pratiquer la religion va de travers, et surtout que la religion ne joue plus ce rôle de régulation des comportements, de soutien pour sortir de la crise, et d’aide aux plus démunis, bref qu’elle ne participe point au développement durable du pays, sinon freine certains processus de progrès. Au contraire elle ruine l’Etat, ou plutôt l’Etat se ruine à satisfaire une soit-disant majorité religieuse lors des grands événements (Gammou, Magal, Tabaski etc …), en ignorant complètement une minorité  qui pourtant est aussi sénégalaise. Conséquences, une Casamance qui coupe le cordon ombilical, une société de plus en plus corrompue et corruptiple, un Sénégal plus faible et plus divisé.

L’islam nous enseigne la tolérance envers les convictions religieuses ou non religieuses d’autrui, tant qu’elles ne causent de mal à personne et n’empiètent pas sur la communauté. Aujourd’hui on ne sent plus la nécessité de combattre la cruauté sous toutes ces formes, les valeurs de l’amour et de la charité, de l’humilité et de la grâce sont inusitées,ou si l’on veut ne se manifestent que sous une forme superficielle, voir hypocrite.

Si nous voulons sortir du gouffre dans lequel nous sommes, ou du moins réduire les inégalités sociales, sans pour autant dire éradiquer la pauvreté, mais faire quelque chose qui a du sens :

la religion ne doit pas se payer le luxe de séparer le salut individuel du salut collectif,

la religion doit inspirer notre politique économique et sociale aussi bien que notre spiritualité :  nourrir ceux qui ont faim ; vêtir ceux qui sont nus et défier les puissants qui abusent de leur pouvoir,

la religion ne doit pas être un simple réconfort pour ceux que la vie a usé, plus seulement un rempart contre la mort, la foi doit être un agent actif tangible pour un développement durable du Sénégal, et de l’Afrique toute entière,

l’engagement religieux ne doit  pas nous désengager du combat pour la justice économique et sociale.

L’impact de la foi sur la politique peut être salutaire, si elle est un frein aux ambitions personnelles, un ballast contre les procès d’intention et les opportunistes politiques. Nous sommes dans une société pluraliste, personne n’a le droit d’imposer ses vues religieuses à quelqu’un d’autre. Les fidèles peuvent se sentir obligés par leur religion de faire du prosélytisme mais ils doivent respecter la tranquillité des autres. Nous avons besoin d’une religion sociale, s’attelant aux préocupations matérielles et aux inégalités économiques. Le secours des textes religieux ou d’autorité divine doit instiller en nous des valeurs d’honnêteté, emphatie, discipline, gratification différée et  travail. Nous devons nous indigner de la pauvreté et de l’injustice et mépriser ceux qui y sont indifférents. Sans cela,  la corruption, la cupidité et l’injustice gagneront en toute quiétude les cœurs et les esprits et le développement tardera plus que jamais à venir.

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Cet article a été écrit par babacarbeuz

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